mercredi, mai 23, 2018

Parti - Venu

Je suis debout au bord de la plage.
Un voilier passe dans la brise du matin,
et part vers l'océan.
Il est la beauté, il est la vie.
Je le regarde jusqu'à ce qu'il disparaisse à l'horizon.
Quelqu'un à mon côté dit : « il est parti ! »

Parti vers où ?
Parti de mon regard, c'est tout !
Son mât est toujours aussi haut,
sa coque a toujours la force de porter
sa charge humaine.
Sa disparition totale de ma vue est en moi,
pas en lui.

Et juste au moment où quelqu'un prés de moi
dit : «il est parti !»
il en est d'autres qui le voyant poindre à l'horizon
et venir vers eux s'exclament avec joie :
« Le voilà ! »

C'est ça la mort !
Il n'y a pas de morts.
Il y a des vivants sur les deux rives.

Wiliam Blake

mardi, avril 10, 2018

Salvation



Love is always loyal
Love demands your absolute loyalty
Love won’t even look at a disloyal lover
Love is the only food for a starving lover
Without love, you’re just a meaningless facade

A person without love
is not a living human being
He or she is just a lonely
and lifeless walking corpse
If you are not still in love
hurry and find the love of your life
Quench your thirst for love
the beloved is also thirsty for a lover

You are but scraps of iron
Love is the magnet that draws you near
Why should you even have to seek?
All you need to do is love

Any lover who’s truly in love
cannot be bound to a loveless way of life
Put your full trust only in love
because love is your only salvation


Jalâl ud Dîn Rumî

mardi, avril 03, 2018

Mort



La mort de chacun est de la même qualité que lui-même mon fils ;
Pour l’ennemi de Dieu, elle est ennemi, et pour son ami, un ami.
Aux yeux d’un Turc, le miroir a une couleur claire,
de même aux yeux de l’homme noir, le miroir est sombre comme un Noir.
Ta peur de la mort en la fuyant est en réalité la peur de toi-même.
Prends garde, ô mon âme! C'est la laideur de ton propre visage, non le visage de la Mort: ton esprit est comme l’arbre, et la mort comme le feuillage.
 
Jalâl ud Dîn Rumî - Mathnavî, Livre troisième, v. 3439-3442

lundi, mars 19, 2018

Pot



Quand tout le monde tente d’être quelque chose, soyez rien. Visez la vacuité. L’humain devrait être comme un pot. Comme le pot tient par son vide intérieur, l’homme tient par la conscience de son néant.

Shams e-Tabrizi

jeudi, mars 08, 2018

Dehors



Dieu n'est en dehors d'aucun être ; il est au contraire présent à tous les êtres, mais ceux-ci peuvent l'ignorer : c'est qu'ils sont fugitifs et errants hors de lui, ou plutôt hors d'eux-mêmes : ils ne peuvent point atteindre celui qu'ils fuient, ni, s'étant perdus eux-mêmes, trouver un autre être.

Plotin

mercredi, mars 07, 2018

Histoire juive



Quand le grand Rabbin Israël Baal Shem-Tov voyait un malheur menacer les juifs, il avait coutume d’aller dans une certaine partie de la forêt pour y méditer. Là, il allumait un feu, disait une prière particulière, et le miracle s’accomplissait, et le malheur s’écartait.

Plus tard, quand son disciple, le fameux Magid de Mezeritch eut l’occasion de supplier le ciel pour la même raison, il allait au même endroit de la forêt et disait : « Maître de l’univers, écoute ! Je ne sais pas allumer le feu, mais je suis encore capable de réciter la prière. »’ Et de nouveau s’accomplissait le miracle.

Encore plus tard, pour sauver son peuple une fois de plus, Rabbi Moshe-Leib de Sassov alla dans la forêt et dit : «  Je ne sais pas allumer le feu, je ne sais pas la prière mais je connais l’endroit et cela doit suffire.» Cela suffit et le miracle s’accomplit.


Puis, ce fut au tour de Rabbi Israël de Rizhin de conjurer le malheur. Assis sur sa chaise, la tête dans les mains, il s’adressa à Dieu : « Je ne connais même pas le lieu de la forêt. Tout ce que je peux faire c’est de raconter l’histoire, et cela doit suffire ». Et cela suffit.

Dieu fit l’homme (sic) parce qu’il aime les histoires. (Les portes de la forêt).”


John Shea, Stories of God: an unauthorized biography (Chicago: Thomas More Press, 1978) introduction.

mercredi, janvier 24, 2018

Gedachten Gott - Dieu imaginaire


Der Mensch soll sich nicht genügen lassen an einem gedachten Gott; denn, wenn der Gedanke vergeht, vergeht auch der Gott. Man soll vielmehr einen wesenhaften Gott haben, der weit erhaben ist über die Gedanken der Menschen und aller Kreaturen.

L'homme ne devrait pas se satisfaire d'un dieu imaginaire; car quand la pensée passe, le dieu aussi. Au contraire, on devrait avoir un Dieu essentiel qui est bien au-dessus des pensées des hommes et de toutes les créatures.

Meister Eckhart 




La foi est nécessaire pour les religions mais elle cesse de l'être pour ceux qui vont plus loin et parviennent à se réaliser en Dieu. Alors on ne croit plus, on voit. Il n'est plus besoin de croire quand on voit la Vérité.

Cheikh Ahmad al-'Alawî 

lundi, janvier 08, 2018

Oeil




L'âme a deux yeux, un œil intérieur, et un œil extérieur. L’œil intérieur de l'âme regarde vers l'essence et la reçoit directement de Dieu; c'est l’œuvre qui lui est propre. L’œil extérieur de l'âme se tourne au contraire vers toutes les créatures et les perçoit en images.

L’œil dans lequel je vois Dieu,  est le même œil dans lequel Dieu me voit. Mon œil et l’œil de Dieu sont un seul et même œil, une seule et même vision, une seule et même connaissance, un seul et même amour.

Maître Eckhart

lundi, décembre 11, 2017

Freiheit


Der Geist soll also frei sein, daß er an allen nennbaren Dingen nicht bange und daß sie nicht an ihm hangen. Ja, er soll noch freier sein: also frei, daß er für all seine Werke keinerlei Lohn erwarte von Gott. Die allergrößte Freiheit aber soll dies sein, daß er all seine Selbstheit vergesse und mit allem, was er ist, in den grundlosen Abgrund seines Ursprungs zurückfließe.

Ainsi, le mental devrait être libre, qu'il ne craigne pas toutes les choses qui peuvent être appelées, et qu'il ne s'y accroche pas. Oui, il devrait être encore plus libre: si libre qu'il n'attend aucune récompense de Dieu pour toutes ses œuvres. La plus grande liberté, cependant, est celle-ci : qu'il oublie toute son individualité et, avec tout ce qu'il est, retourne dans l'abîme sans fondement de son origine.

Maître Eckhart

Vache maigre



Sur une île verdoyante, une vache vivait dans la solitude. Elle y paissait jusqu’à la tombée de la nuit et engraissait ainsi chaque jour. La nuit, ne voyant plus l’herbe, elle s’inquiétait de ce qu’elle allait manger le lendemain et cette inquiétude la rendait aussi maigre qu’une plume. A l’aube, la prairie reverdissait et elle se remettait à paître avec son appétit bovin jusqu’au coucher du soleil. Elle était de nouveau grasse et pleine de force. Mais, la nuit suivante, elle recommençait à se lamenter et à maigrir.

Le temps avait beau s’écouler, jamais il ne lui venait à l’esprit que, la prairie ne diminuant pas, il n’y avait guère lieu de s’inquiéter de la sorte.

Ton ego est cette vache et l’île, c’est l'univers. La crainte du lendemain rend la vache maigre. Ne t’occupe pas du futur. Mieux vaut regarder le présent. Tu manges depuis des années et les dons de Dieu n’ont jamais pour autant diminué.

Jalâl ud-Dîn Rumî

lundi, novembre 27, 2017

Prière



Or je demande à nouveau : quelle est la prière du cœur détaché ? A cela je réponds comme suit et dis que la limpidité détachée ne peut prier, car celui qui prie désire de Dieu que quelque chose lui advienne, ou désire au contraire que Dieu lui ôte quelque chose. Or le cœur détaché ne désire rien, il n'a rien non plus dont il serait volontiers dépris. C'est pourquoi il se tient dépris de toute prière, et sa prière n'est rien d'autre que de n'être qu'une seule forme avec Dieu. En cela consiste toute sa prière.

Maître Eckhart

Les gens me disent souvent : "priez pour moi!" Je pense alors : Pourquoi sortez-vous ? Pourquoi ne demeurez-vous pas en vous-mêmes et ne prenez-vous pas dans votre propre bien? Et pourtant vous portez en vous, par essence, toute la vérité!

Maître Eckhart

Ma prière n'est pas une prière, Seigneur, si mon âme ne Te voit face à face
quand retentit l'appel (du muezzin) si, tourné vers la Ka'ba, je prie
c'est vers Toi seul, pour Ta seule beauté.
Je prie. Gestes vains. Paroles inutiles, prière d'hypocrite, inerte et monotone.
J'ai honte de ma prière, Seigneur, j'ai honte !
Je n'ose plus lever les yeux vers Toi.

Pour oser la prière, il faudrait être un ange,
mais je suis en exil, déchu et perverti.
Silence donc ! Silence à ma prière !
Seigneur, elle ne peut T'atteindre.
Mais je prie, je le dois, car il faut que je dise le tourment de mon cœur s'il est privé de Toi.
Seigneur au regard de pitié ! Pitié pour moi ! Regarde-moi.
Jalâl ud Dîn Rumî

« Existe-t-il un chemin plus court que la prière pour approcher Dieu? »
Il répondit : « Encore la prière. 
Mais la prière n’est pas seulement cette forme extérieure. Ceci est le ‘corps’ de la prière;
la prière formelle comporte un commencement et une fin,
et chaque chose qui implique un commencement et une fin est un corps. [...] 
Mais l’âme de la prière est inconditionnée et infinie, elle n’a ni commencement ni fin »

Jalâl ud Dîn Rumî - fihi ma fihi

"O résurrection soudaine, O Miséricorde infinie
O toi qui dans le buisson des pensées a jeté le feu,
Te voici aujourd'hui arrivé riant, arrivé telle la clé d'une prison.
Tu es venu chez les pauvres comme une aumône, pareil à la grâce divine
Toi le chambellan du soleil, toi nécessaire à l'espoir,
Tu es le but et le chercheur, tu es la fin et le commencement,
Tu es apparu dans les coeurs, tu as orné les pensées.
C'est Toi qui présentes la demande et c'est Toi aussi qui l'exauces.
O donneur incomparable de vie, o joie de la connaissance et de l'action,
Tout le reste n'est que prétextes et fourberies: ce sont des maux, c'est toi le remède.
Cette tromperie a troublé notre vision, elle nous a rendus hostiles envers l'innocent,
Parfois ivres des houris, parfois affamés de pain et de nourriture
Vois cette ivresse:quelle place pour la raison? Vois ce festin: quelle place pour des discours?
Pour un peu de pain et de graines, tant de discussions vaines!
Tu te livres à 100 intrigues, contre des peuples différents,
Tu sèmes entre eux, de façon subreptice, la discorde.
Réprimande ton âme en secret et pour autrui trouve des excuses
Quand ton âme dit: "Sauve moi o mon Seigneur!" Dieu sait que ce sont là oisives paroles.
Silence, le temps me presse, je vais rejoindre l'étendard.
Laisse le papier, brise le calame. L'Echanson est arrivé: Louanges à Lui"

Jalâl ud Dîn Rumî - Odes Mystiques

vendredi, novembre 24, 2017

Propulsion



Il n'y a rien que l'on désire autant que vivre ? Qu'est-ce que vivre ? C'est être mû de l'intérieur, par sa propre impulsion. Ce qui est mû de l'extérieur ne vit pas... Nous pouvons et nous devons œuvrer par nos propres forces, de l'intérieur.. 

Maître Eckhart

Observation



Observe-toi toi-même, et chaque fois que tu te trouves, laisse-toi ; il n’y a rien de mieux. 

Maître Eckhart

vendredi, octobre 20, 2017

Tiny Room



I want both of us
To start talking about this Great Love
As if You, I and the Sun were all married
And living in a tiny room.
Helping each other to cook,
Do the wash,Weave and sew
Care for our beautiful animals.
We all leave each morning
To labor on the earth’s field.
No one does not lift a great pack.
I want both of us to start singing like two Traveling minstrels
About this Extraordinary Existence We Share,
As If,You, I, and God were all married
And living in a Tiny Room

Hafiz

mercredi, septembre 13, 2017

Demeurre


Toutes ces recherches des amoureux ne viennent pas d’eux-mêmes :
Ici-bas, il n’est point d’autre chercheur que Lui.
Ce monde-ci et l’autre monde sont de même essence;
Dans la vérité n’existent ni l’impiété, ni la religion, ni la foi.
Ô toi dont le souffle est celui de Jésus ! Ne souffle pas mot de l’éloignement.
Si tu dis : « Je m’en retourne », non, ne t’en retourne pas.
Si tu dis : « Je vais en avant », non, il n’est pas de chemin pour avancer.
Ne cherche pas de secours auprès d’un autre que toi-même.
Le remède de ta blessure est cette blessure elle-même.
Tout bien et tout mal se trouvent chez les derviches;
Celui qui n’est pas ainsi, ce n’est pas un derviche.
Celui-ci erre loin de sa demeure ; sa demeure est dans le cœur :
Il n’est point, dans tout l’univers, d’autre demeure que le cœur.

Jalâl-ud-Dîn Rumî - Odes Mystiques

mardi, août 15, 2017

Voiles


L'infini ou monde de l'absolu, que nous concevons extérieur à nous, est au contraire universel et existe tel aussi bien en nous-même qu'au dehors. Il n'y a qu'un monde, c'est celui-là.
Ce que nous considérons comme le monde sensible, le monde du fini ou temporel n'est qu'un ensemble de voiles cachant le monde réel. Ces voiles sont nos propres sens. Nos yeux sont les voiles de la vraie vue, nos oreilles un voile de l’ouïe véritable et aussi des autres sens.
Que reste-t-il alors de l'homme ?
Il reste une légère lueur qui lui apparaît comme la lucidité de sa conscience. Il y a une continuité parfaite entre cette lueur et la grande lumière du Monde infini.

Le monde a une âme et cette âme c'est Dieu. Dieu a un corps et ce corps c'est l'Univers.
O mon cœur, écoute et comprends Dieu! Ne sois pas distrait, ne déborde pas de crainte de révéler le secret de Dieu.

Cheikh Ahmad Al Alawî



jeudi, juillet 20, 2017

Athée



« Auprès de nous, personne ne peut être musulman pour toujours. Il devient musulman, puis athée, et encore musulman, et à chaque fois quelque chose sort de lui, jusqu’au moment où il devient complet. »

Shams e-Tabrizi

Tabrizi, Shams al-Din Mohammad, Maghâlât, version corrigée par M. A. Movahhed, Téhéran, 1ère ed., Khârazmi, 1990, p. 226.

mardi, juin 13, 2017

Projets


L’homme forme des projets, mais il ignore le destin.
Les desseins de la créature ne ressemblent pas au décret de Dieu.
Quand l’homme fait des prévisions, elles semblent à sa portée ;
Il a beau s’ingénier, il est impuissant devant le pouvoir de Dieu.
Il fait deux pas en ligne droite devant lui,
Mais qui sait où Dieu va ensuite l’entraîner ?
Ne t’obstine pas, recherche le royaume de l’Amour,
Car ce royaume te fera échapper à l’ange de la mort.
Renonce à ton désir, choisis la lumière de l’intelligence,
Car ce désir t’amènera à une prompte déception.
Sois le gibier du roi : ne recherche toi-même aucun gibier,
Car le faucon de la mort t’enlèvera ton gibier.
Pareil au faucon du roi, va vers le tambourin qui t’appelle ;
Ce tambourin t’apportera la joie.
Nul n’est aujourd’hui plus sincère que le roi.
Va vers lui de toute ton âme, il ne te chassera pas.
Toutes les créatures sont prisonnière de la mort ; sache-le avec certitude.
Un prisonnier ne peut pas te faire échapper du fond de la prison.
Sais-tu pourquoi les chiens aboient dans le quartier de la résignation ?
C’est pour chasser celui qui est efféminé et vil.
Jamais un cavalier amoureux dans cette voie
N’aura le coeur effrayé par l’aboiement de ces chiens.


Jalâl ud-Dîn Rumî   - Ode Mystique 652

Nourriture


La vie s’écoule dans l’espoir pour demain,
D’une manière inconsciente, elle se hâte vers les troubles.
Ton propre temps, sache-le, c’est le présent ;
Considère-le : dans quelle folie il se passe !
La vie est gaspillée, tantôt pour la bourse, tantôt pour la coupe ;
A chacun de nos souffles, nous la perdons.
La mort emmène les êtres, un par un,
Et la crainte qu’elle inspire fait pâlir le sage.
La mort reste debout, dans le chemin, à l’affût,
Tandis que le seigneur sort se promener à la campagne.
La mort est plus proche de nous que notre conscience :
La conscience insouciante, dans quelles régions erre-t-elle ?
Ne nourris pas ton corps : le corps est une victime à immoler ;
Nourris ton coeur : le coeur s’élève vers les hauteurs.
Donne moins de mets choisis à cette charogne,
Car celui qui nourrit son corps se déshonore.
Donne à ton esprit des aliments délicieux, par la sagesse
Afin qu’il devienne fort, car c’est là-bas qu’il s’en va…


Jalâl ud-Dîn Rumî  -  Ode Mystique 823

lundi, avril 10, 2017

Explication

Tandis que la plume se hâtait pour écrire, elle s'est brisé dès qu'elle est arrivé à l'Amour.
Quoi que je puisse dire pour parler de l'Amour et pour l'expliquer, quand j'arrive à l'Amour lui-même, j'ai honte de mon explication.

Bien que le commentaire de la parole rende les choses claires, l'Amour sans paroles a plus de clarté.
En parlant de l'Amour, l'intellect gît impuissant, tel un âne couché dans la boue : c'est l'Amour seul qui a donné l'explication de l'Amour et du sort des amoureux.
La preuve du Soleil est le Soleil même : si tu recherches la preuve n'en écarte pas ton visage !
Si l'ombre en fournit un indice, le Soleil lui-même donne à chaque instant la Lumière spirituelle.



 Djâlal-ud-Dîn Rûmî

(Mathnawî / Livre I - 112 à 116)