vendredi, avril 17, 2026

Intime ultime

 

 


 

Ne t’ai-je pas dit : n’y va pas, car ton intime, c’est moi ?
Dans ce mirage d’anéantissement, la source de la vie, c’est moi.

Même si tu t’en vas en colère, loin de moi pour cent mille ans,
À la fin tu reviendras à moi, car ton ultime terme, c’est moi.

Ne t’ai-je pas dit : ne te contente pas des formes du monde,
Car l’artisan de la tente de ta satisfaction, c’est moi.

Ne t’ai-je pas dit : je suis la mer et toi un poisson,
Ne va pas vers la terre sèche, car la mer pure, c’est moi.

Ne t’ai-je pas dit : ils te dépouillent et te refroidissent,
Car le feu, l’ardeur et la chaleur de ton désir, c’est moi.

Ne t’ai-je pas dit : ils placeront en toi des traits hideux,
Si bien que tu oublieras que la source des qualités, c’est moi.

Ne t’ai-je pas dit : ne demande pas pourquoi agit le serviteur,
Car l’ordonnateur sans pourquoi, le créateur, c’est moi.

Si tu es une lampe du cœur, sache où est la maison,
Et si tu es de nature divine, sache que ton maître de maison, c’est moi. 

 

Jalâl ud Dîn Rumî

Diwan-e-Kabir 1725